Don Quichotte en ville

Per la serie dei testi tratti da IUNCTURAE.EU, presentiamo la traduzione francese a cura di Annie e Walter Gamet, del testo di Gianluca Virgilio "Don Chisciotte in città", pubblicato in ZIBALDONI.IT il 6 aprile 2017.

di in: Iuncturae (0)
Don Chisciotte e Sancio Pansa

Le troisième dimanche de chaque mois, dans ma ville, c’est le jour du petit marché aux puces. Je m’y rends souvent, surtout pour le plaisir de dénicher quelque vieux livre. Le mois dernier, tandis que j’étais en train de feuilleter une revue poussiéreuse à l’étal d’un vendeur marocain, voilà que me tombent dans les mains quelques feuilles écrites à la plume en arabe. Seul le titre était traduit en italien ; et que lis-je ? Bref ajout à l’Histoire de don Quichotte de la Manche, écrite par Cid Hamet Benengeli, historien arabe. Il me fallut faire preuve d’une grande discrétion pour ne pas laisser voir ma joie d’une telle découverte. Sinon, le Marocain aurait pu en profiter pour me demander un prix élevé. Et alors moi, qu’ai-je fait ? D’abord, je lui ai extorqué ces quelques feuilles pour un prix ridicule (un euro) ; puis, dès qu’elles ont été en ma possession, je lui ai offert dix euros s’il me les traduisait séance tenante, pendant que moi j’enregistrerais la traduction avec mon smartphone. Ce qui suit est donc la transcription de la traduction du vendeur marocain. Celui-ci m’a dit incidemment qu’il détenait en magasin d’autres feuilles écrites par Cid Hamet Benengeli et que, si je les voulais, il pourrait me les vendre. Mais déjà le prix avait beaucoup augmenté et je n’étais donc pas sûr de pouvoir les acquérir. Nous avons convenu que je reviendrais le trouver au petit marché aux puces le troisième dimanche du mois suivant. [Gianluca Virgilio]

 

Avançant dans la ville sur Rossinante, don Quichotte regardait autour de lui et partout voyait de grosses faces, toujours les mêmes, affichées sur les murs, quelques-unes souriantes et espiègles, plaisantes et persuasives, d’autres pensives et graves, austères et sévères ; et comme sa folie lui perturbait l’imagination, il dit à son fidèle écuyer Sancho, qui le suivait sur son âne :

« Comme tu vois, cher ami, de nombreux géants maintiennent cette cité prisonnière, des géants et aussi des géantes. Ce sont certainement des descendants de Nimrod, très forts et très violents, y compris les géantes qui ne me semblent pas particulièrement belles, mais à coup sûr terribles. Il va donc me falloir rester sur mes gardes et faire appel à toute ma bravoure, si je veux sortir vainqueur de cette entreprise et mériter l’amour de Dulcinée. Je vais libérer cette ville des géants et des géantes et te la donner en récompense, à toi mon fidèle écuyer.

– Monsieur, dit alors Sancho, vous croyez vraiment que le charme du mage a transformé ces affiches électorales en vrais géants et géantes ?

– Mais certainement, ami Sancho, répliqua le Chevalier à la Triste Figure, rien n’est jamais comme il semble. Pour toi ce ne sont que de grosses faces sur du papier, mais attends que je les embroche et tu verras, le sang coulera et les gémissements retentiront.

Sitôt dit, sitôt fait, don Quichotte mit la lance en arrêt, s’ajusta le plat à barbe sur la tête, ou plutôt le heaume de Mambrin, éperonna Rossinante en direction du premier géant, une très grosse face qu’il était impossible de manquer, tant celle-ci avait été bien déployée sur le mur en une affiche de trois mètres sur deux ; et si Rossinante n’avait pas eu le bon sens dont son maître était dépourvu et n’avait pas freiné un pas avant l’impact, cheval et cavalier se seraient fracassés contre le robuste mur. Don Quichotte tomba de cheval, termina son vol contre le mur, il s’en fallut de peu qu’il ne se rompît les os.

Assistait à la scène un aubergiste qui, ayant entendu les propos et reconnu l’hidalgo ainsi que son écuyer pour en avoir lu l’histoire et apprécié la folie, s’était avancé pour aider don Quichotte à se relever, tandis qu’arrivait Sancho essoufflé et désappointé par l’issue désastreuse de l’entreprise. S’inclinant devant don Quichotte, l’aubergiste dit :

« Monsieur le défenseur des humbles, redresseur des torts, sauveur des jeunes filles, tueur de géants et de géantes, Empereur de la Manche, don Quichotte, autrement connu comme le Chevalier à la Triste Figure, je vous souhaite, au nom de cette cité détruite, la bienvenue en tant que libérateur des opprimés et serviteur du bon droit. Puisse votre venue remédier à l’irrémédiable, sauver ce qui peut l’être, briser les chaînes et ramener à la raison celui qui a beaucoup failli. Toutefois, quand Votre Grandeur, exemple inimitable de la noble institution de la chevalerie errante, aura affronté chaque mur de la ville que les géants et les géantes se sont partagée ou plutôt qu’ils ont divisée, où chaque espace est occupé par l’une de leurs grosses faces, à qui cela profitera-t-il ? Les géants et les géantes que vous voyez là, qui ont depuis longtemps assujetti cette cité dévastée, se combattent l’un l’autre ; si bien que le mage enchanteur a prédit qu’avec le temps ces créatures s’élimineront mutuellement, ce qui vous épargnera la peine de lutter contre elles. Faîtes donc une pause et pour une fois choisissez d’assister à leur querelle plutôt que d’entrer en lice comme cela siérait à l’éminent champion de la chevalerie errante.

Ici prit fin le discours de l’aubergiste – il y en a de cultivés dans cette ville – et don Quichotte reprit la parole :

« Monsieur le Châtelain (c’est ainsi que la folle imagination de l’hidalgo avait transfiguré l’aubergiste), les géants et les géantes ne me font pas peur et je n’ai pas l’habitude de rester spectateur. Mais du moment qu’un mage enchanteur – comme le soutient votre Seigneurie – veut que ces effrayants et frustes géants s’assomment l’un l’autre, alors je vais suivre votre conseil et pour une fois rester spectateur, mais sans m’éloigner d’un pas de la ville, afin d’embrocher le dernier géant ou la dernière géante si, après une longue guerre, il devait inopinément en survivre un ou une. Voilà le trophée que je dédierai à mon incomparable Dulcinée, qui au Toboso attend mon retour.

– Moi aussi , Monsieur, je me rappelle à votre bon souvenir, dit Sancho, car, si en gouvernant l’île, j’acquiers le titre de sage, je saurai bien montrer au monde comment un peuple se gouverne sans géant ni géante.

À partir de maintenant, dit l’hidalgo, je te nomme gouverneur de la cité ».

Et tandis que Sancho exultait de joie, don Quichotte s’était déjà faufilé dans l’auberge où il allait rester comme observateur jusqu’à la fin de la guerre.

Cid Hamet Benengeli

 

[Tratto da www.iuncturae.eu del 23 giugno 2017. La versione italiana originale di questo testo è stata pubblicata in ZIBALDONI il 6 aprile 2017]

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